06 janvier 2007
Analyse des voeux : Chirac comptera dans la campagne avec une voix divergente
Les voeux présidentiels du dernier 31 décembre sont généralement très ennuyeux.C'est principalement un exercice facile.
Ils n'ont pas pour objet de fixer les objectifs de l'année à venir et les sujets sur lesquels le Président devra faire travailler son gouvernement. Au contraire, le Président revient en arrière et montre à quel point sa présidence marquera le pays de tout le bienfait qu'elle a produit.
Le 31 décembre 2006 dérogera à cette idée si l'on fait une analyse littérale du discours du Président de la République. Dans la configuration actuelle (ce n'est pas un dauphin qui brigue sa place), Chirac a fait entendre une musique quelque peu différente.
De façon générale, on peut notre que le Président s'engage personnellement. Au lieu de parler de la France en général ou de l'exécutif gloablement (mon gouvernement), Chirac utilise de façon répétée le "je" comme "je me bas"! Cela met en valeur son implication personnelle. Il s'agit d'un homme seul à la fin de sa carrière politique... et à l'aube de sa carrière judiciaire.
On peut noter que les voeux du Président sont le reflet de la logorrhée du moment. Il parle donc des jeunes et notamment de l'emploi des jeunes, de dialogue social, d'écologie... Ces paroles sonnent au moment du bilan de façon dramatiquement creuse.
Comment réussir à faire croire à son action pour le changement lorsque le CPE a montré le fossé avec les attentes de la jeunesse du pays, quand le débat sur l'écologie est re-lancé par Nicolas Hulot (qui pourtant conseillait Chirac), quand la législation s'est faite ces dernières années par la voie des ordonnances.
Le Président nous remémore donc les enjeux de son quinquennat. L'idée est élémentaire. Faisons un bilan des grandes priorités fixées par Chirac lui-même au début de son action. Il souhaitait surtout agir en faveur des personnes handicapées, de la lutte contre le cancer et de la sécurité routière. Qu'en est-il aujourd'hui? Il ne fait le bilan positif - et qu'il faut souligner - uniquement de la sécurité routière. Quid des personnes handicapées ? de leur taux de chômage? de leur insertion dans la société ? Quid de la recherche contre le cancer ? du financement de la recherche publique ? Ces questions marquent avant tout le manque de réponses politiques apportées !
Le grand art politique de ces voeux sont dans la seconde partie du discours. Celle où le Président, manifestement en bonne forme, entend peser sur la future élection. Il fixe 5 grands enjeux pour cette échéance.
1/ Unité autour des valeurs de la FranceChirac, dans un grand discours radical-socialiste, retrouve ses racines. Il se fait l'éloge de la diversité de la France qui est l'une de ses richesses. A cette occasion, il permet de marquer l'attention sur le danger que constitue Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Il marque aussi sa distinction par rapport à son ministre d'Etat de l'intérieur fasciné par le modèle américain et par ce qu'on appelle là-bas l'affirmative action et ici la discrimination positive.
2/ Le Progrès économique et socialLe discours présidentiel insiste sur le progrès du pays malgré les difficultés que connaît le pays. Citant certaines d'entre elles, le pouvoir d'achat est mis en valeur par Chirac. Cela peut étonner quand on sait que c'est un cheval de bataille de la campagne de Ségolène Royal. Il est évident que le discours politique ne peut éluder le fait que les français ont l'impression de disposer de moins en moins de leur ressources. Cette préoccupation est une constante dans les sondages d'opinion. La critique de Ségolène Royal, qui a du coup lancé le débat, apparaît à ce propos salvatrice.
Le Président met dans ses voeux en avant des thèmes de campagne de la candidate socialiste: la formation, la recherche. Mais insiste sur un thème cher à Nicolas Sarkozy: le travail.
Le Président met, ironiquement, en garde contre "les idéologies et les illusions" de la campagne électorale. On ne peut que ce questionner sur le (ou la ou les) destinataire de cet avertissement. De prime abord, il apparaît évident que la critique est adressée à Ségolène Royal. Chirac se livre alors à un discours usé qui a pour but de mettre en exergue le manque de sérieux du discours de la candidate socialiste... Ce discours est que trop répété et a même pu déservir ses utilisateurs pour penser que le Président l'utilise à son tour.
En réalité, je pense qu'il s'adresse avant tout à Nicolas Sarkozy. Le Président entend se défendre de la théorie sarkozyenne de la rupture. Si l'on suit cette théorie, elle met en cause l'action du Président de la République ou plutôt son inaction face aux bouleversements du monde contemporain. C'est en cela que le Président, en position de replis, veut prévenir des idéologies faciles qui ne font que décevoir l'électeur. Il est vrai que la complexité du monde et une connaissance de l'histoire de France (qui fait parfois défaut à Nicolas Sarkozy) interdit les formules de facilité. Pour Chirac, le modèle américain n'est pas pour aujourd'hui et la diplomatie français n'a pas à rougir de son action ni être taxée d'arrongante !
3/ La responsabilité de la France dans le monde
Ce discours est un exercice facile pour le Président. Il n'a pas d'intérêt au vue des banalités exprimées, hormis le fait (heureux) qu'il défende la diplomatie française. Ce qui n'est pas le cas de tous les candidats à la présidence, ce qui n'est pas sans poser problème...
4/ L'avenir de l'Europe
De la même façon, le Président met en avant le rôle de l'Europe des pères fondateurs. A la veille de l'anniversaire du Traité de Rome, ce discours est un bienfait. Il permet de masquer le peu d'ambition française sur le sujet. Il a cependant pris acte du non au référendum (sans de proposition alternative, quel dommage!!) puisqu'il fait état des "ambitions économiques", de l'"Europe politique" ou de l'"Europe des protections".
5/ L'écologie
Le Président a mis en valeur son héritage: la Charte de l'environnement qui fait partie de la Constitution. Il met enfin en relief tout l'intérêt d'une politique de l'environnement source d'emploi et de profits économique mais aussi de bien être personnel.
Au final, ses voeux apparaissent originaux et parfois intéressants. Ils sont surtout un avertissement à son camp: Chirac n'est pas "vieux et usé", il est encore là et il compte jouer son rôle lors de la campagne...
Nicolas Sarkozy devra donc assumé pleinement l'héritage chiraquien et limiter ses emportements sur la rupture...
12:47 Publié dans Chirac : parole et actes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Politique, Election présidentielle, UMP, PS, Royal, Chirac


