03 janvier 2007

Analyse des slogans de la campagne

Les slogans de la campagne commencent à voir le jour! Ce n'est d'un camp ou de l'autre pas encore définitif, il est bien trop tôt. Mais ils s'essayent chacun à imprimer leur toucher personnelle afin de marquer leur électorat.

Le dilemme de Sarkozy est de réussir à marquer qu'il incarne le changement en ne froissant pas l'électorat de droite qui vote Chirac depuis 1981... Cela est très difficile, car à la moindre incartade, il risque le basculement des voix vers Bayrou, vers Le Pen ou vers De Villiers (bien que ce dernier apparaisse aujourd'hui en mauvaise posture face à la vigueur actuelle de Le Pen). La rupture sarkozyste marche donc sur des oeufs. On peut se rappeler les critiques de Chirac ou de Debré à propos de la Constitution de 1958 à laquelle il n'était pas question de toucher.

Sarkozy a lancé un 1er slogan (le définitif?) qui est la "rupture tranquille". L'oxymore est une figure de style beaucoup utilisée car elle permet de rassembler des électeurs a priori différents qui seront attirés par l'un des deux termes contradictoires. L'oxymore met ensemble deux termes a priori opposés: la claire obscurité. La "rupture tranquille" est une oxymore d'un type très particulier. Et l'on s'étonne que Sarkozy soit aussi peu fin politique. Ce slogan même provisoire est une faute politique. Pourquoi ? Tout simplement car il a le défaut de n'attirer personne de l'électorat sarkozyste potentiel. Les chiraquien de droite veront dans ce slogan une référence à la "force tranquille" de Mitterrand (1981: Mitterrand bat Chirac au 1er tour). Je ne pense pas qu'un slogan faisant référence à une adversaire qui représente leur pire ennemi soit une bonne idée! D'autre part, il n'attire pas les pure sarkozyste qui voient dans la rupture le salut de la France. Il ne souhaitent pas qu'elle soit tranquille car ils considèrent que la France doit faire une vraie rupture, une franche rupture. Comme l'affirmait Sarkozy dans ses différents meetings, interview et discours.

Pour Ségolène Royal, le bon slogan est n'est pas plus aisé à trouver. Ce n'est jamais le cas! Elle doit réussir à rassembler toutes les forces de gauche, d'extrême gauche et du centre gauche. Cela fait beaucoup d'électeurs très différents. 

La formule de "l'ordre juste" irrite beaucoup à l'extrême gauche. La notion d'ordre appartient au vocabulaire de la droite et non de la gauche. C'est exactement cela que Ségolène Royal conteste, car elle adopte une définition large de la notion d'ordre. Il s'agit tant d'un ordre social que d'un ordre économique, politique, environnemental... Elle appelle à un refus d'une définition purement sécuritaire et individualiste. Elle risque de perdre une partie de l'électorat d'extrême gauche, mais elle arrivera aussi à trouver un électorat qui s'était détourné de la gauche, notamment un électorat de centre gauche et surtout un électorat populaire qui avait l'impression que l'angélisme de la gauche oubliait ses problèmes voire les minorait. 

De façon plus traditionnelle, elle a formulé récemment un slogan qui appelle au changement : "Pour que ça change fort". Je trouve ce slogan intelligent bien que consensuel. Il est consensuel car la gauche de façon générale appelle au changement. Tous et toutes, nous voulons faire autre chose au gouvernemnet et nous critiquons la gestion par la droite pendant 5 ans. Mais la formule, de prime abord, bizarre du terme "change fort" est intelligente car elle marque les esprits et elle singularise le terme "fort" qui par voie de conséquence adopte une intensité particulière.

Au final, que la rupture soit tranquille ou le changement fort, on a l'impression que la France a de toute façon besoin de mouvement... Pouvu qu'il aille vers plus d'égalité, de solidarité, de justice, d'ordre et de fraternité...